Yoga

Professeurs : Marie-Claude VANNIER et Guy DE CANCK

Activité pour adultes

« Le yoga n’aurait jamais rencontré une telle audience s’il n’avait pas comblé une attente de l’Occident »

Souvent galvaudé, le yoga n’est ni un sport, ni une religion, ni une simple technique de bien-être. Revenant sur l’histoire plurimillénaire de cette pratique, l’universitaire Ysé Tardan-Masquelier livre une histoire intellectuelle du yoga inédite et stimulante.

Le Monde Spiritualité- Publié le 19 décembre 2021

Pratiqué par près de 300 millions de personnes dans le monde, le yoga est, pour nombre de ses adeptes, bien plus qu’une simple activité sportive. S’adressant à la totalité de l’être, il engage le corps autant que l’esprit. Ysé Tardan-Masquelier a dirigé Yoga. L’encyclopédie (Albin Michel, 736 pages, 39 euros), une passionnante saga du yoga qui « ne dit pas comment faire du yoga, mais comment on en a fait, qui l’a inventé et réinventé au cours d’une histoire longue, comment il a imprégné la culture indienne et pourquoi il s’est mondialisé à l’Occident », explique la spécialiste du monde indien.

Que signifie le mot « yoga » ?

Dans les textes védiques, qui constituent le socle originel des traditions indiennes puisqu’ils ont été composés environ entre le XVe et le VIIIe siècle avant notre ère, ce mot désigne l’action d’atteler un cheval à un char – dans un contexte épique – ou un animal à une charrette pour voyager. Il s’agit de « mettre sous le joug », de « joindre » des énergies de telle manière qu’elles s’accordent sur un chemin unifié – « joug », « jonction » et « yoga » partagent d’ailleurs la même étymologie.

« Le mot “yoga” sera associé à l’idée de discipline intérieure, de chemin de vie »

Ce sens est très vite devenu métaphorique. Ainsi, les poètes des hymnes védiques « attellent-ils leurs pensées » pour composer le beau poème qui va voyager au loin, atteindre la renommée et la gloire. Peu à peu, le mot « yoga » sera associé à l’idée de discipline intérieure, de chemin de vie. On le rencontre dans le bouddhisme ancien, le jaïnisme et dans les premiers textes de la tradition hindoue, en particulier dans la Bhagavad-Gita, au IIe siècle avant notre ère.

En quoi consistait le yoga à ses origines ?

A l’époque védique, c’est-à-dire à la fin du IIe millénaire avant notre ère, des ascètes pratiquaient des exercices assez austères – des positions inversées ou des assises très longues, conjuguées à des exercices sur la respiration ou à des jeûnes, par exemple. Quoique rares, les témoignages sur ces ascètes deviennent plus fréquents dans les siècles qui suivent, en particulier à l’époque de l’expédition d’Alexandre le Grand (IVe siècle avant notre ère), qui aurait rencontré des ascètes en Inde. Appelés « gymnosophistes » – littéralement les « sages nus » – par les Grecs, ils étaient capables de rester très longtemps assis en plein soleil, entourés de feux augmentant encore la température, ou autres exercices héroïques.

Pour autant, ces pratiques ne sont pas encore désignées par le terme de « yoga » mais par celui de tapas, qui signifie l’ascèse, l’ardeur ascétique. Yoga garde plutôt son sens de discipline de vie, de sagesse, tel qu’on le retrouve dans la Bhagavad-Gita, et surtout dans le grand texte fondateur du yoga, les Yogasûtra, composés vers les IIIe-IVe siècles de notre ère.

A quel moment les asanas, ces postures si emblématiques du yoga, ont-elles commencé à se développer ?

Apparemment assez tard, au début du IIe millénaire de notre ère. Il y a alors convergence entre les exercices ascétiques et la philosophie du yoga, donnant naissance à une sagesse qui s’incarne, qui en passe par le corps. Des exercices posturaux, respiratoires ou de visualisation d’un espace subtil interne, dans le corps, vont peu à peu se développer. Le tout est à l’origine du hatha yoga, qui s’est formé entre le XIIIe et le XVe siècle.

« La plasticité métaphysique du yoga fait qu’il a pu s’adapter à l’univers musulman ou chrétien aussi bien qu’à des univers athées»

A partir de cette base, une grande diversification va s’opérer : certaines écoles d’ascètes imprimeront leur marque en proposant des séquences diverses de postures. Les soufis musulmans vont se montrer particulièrement intéressés et se saisiront du vocabulaire postural et respiratoire des yogis. Puis ce sera le tour des Occidentaux à partir du XIXe siècle.

Quel rôle joue le souffle, et pourquoi est-il si fondamental dans cette discipline ?

Les premiers expérimentateurs, les ascètes dont je parlais tout à l’heure, ont compris qu’il existe une relation entre le souffle et les émotions. Lorsque le mental est agité, il se disperse, et la respiration est agitée elle aussi. Inversement, quand on calme le rythme respiratoire, cela produit un effet sur le mental et les émotions.

Ensuite, la respiration n’est que le reflet au niveau de l’individu de quelque chose de beaucoup plus universel : le souffle de vie, cette aspiration vitaliste qui fonde l’existence de l’univers. Il y a un continuum entre le corps humain et le cosmos, qui sont animés des mêmes souffles – ce pourquoi la fonction respiratoire de l’être humain a été fortement investie.

Par quelle alchimie l’enchaînement des postures peut-il, dépassant la simple gymnastique, favoriser l’apaisement du mental ?

L’enchaînement des postures ne se justifie que s’il introduit l’ensemble de l’organisme humain dans un rythme fluide qui l’apaise. La médiation de la respiration est donc indispensable. On peut bien sûr pratiquer le yoga comme une gymnastique raffinée, afin d’apporter un équilibre sur le plan physiologique. Mais, en réalité, il joue sur plusieurs octaves. Très vite, même si l’idée d’une séparation du corps et de l’esprit est mise en avant par notre rationalité occidentale, le pratiquant se rend compte que ces derniers sont intimement liés. Travailler sur le corps avec le fil du souffle agit nécessairement sur l’esprit.

« Ce qui distingue le yoga d’une gymnastique raffinée, c’est son ouverture vers un niveau de perception plus subtil »

Comment expliquer que les sages de l’Inde ancienne aient eu l’intuition d’une sagesse par le corps, quand l’Occident a tendance à mettre l’accent sur le mental, l’intellect ?

On ne peut répondre à cette question que par des hypothèses. Les écoles de sagesse indiennes et les écoles de sagesse grecques sont très proches sur le plan du questionnement philosophique et de la métaphysique.

Pourtant, les sagesses grecques ont eu tendance à laisser le corps de côté, à le renvoyer au gymnase ou aux olympiades, alors que l’Inde a fait fleurir l’expérience spirituelle à partir du corps. Pourquoi ? Il est impossible d’y répondre. De fait, il y a quelque chose de très asiatique dans cette mise en relief du corps, que l’on retrouve en Chine dans le taoïsme, au Japon, en Corée, au Tibet… Cette grande coupure entre corps et esprit, qui nous vient des Grecs, n’a certainement pas eu lieu en Asie.

Marginale pendant des millénaires, voire élitiste, la pratique du yoga est devenue universelle. Pourquoi ?

Le yoga n’aurait sans doute jamais rencontré une telle audience, en dehors de cercles extrêmement restreints, s’il n’avait pas comblé une attente de l’Occident. Lorsque les premiers gourous arrivent à la fin du XIXe siècle, des mouvements critiquant la modernité comme étant trop rationnelle, trop matérialiste, insuffisamment humaniste, traversent déjà les sociétés occidentales. Cette modernité qui a enfanté la révolution industrielle ne répond pas à certains besoins essentiels, de bien-être et de spiritualité.

Selon une récente enquête menée par le Syndicat national des professeurs de yoga, 10 millions de Français ont pratiqué le yoga au cours des trois dernières années, soit une augmentation de 300 % en dix ans. Faut-il se réjouir de cette démocratisation du yoga, ou s’inquiéter du risque de le voir galvaudé ?

Le yoga est, d’une certaine manière, déjà galvaudé. Ce que cette enquête fait ressortir, c’est l’ampleur du phénomène yoga en France, puisqu’un cinquième des Français adultes pratiquent ou ont pratiqué le yoga ces trois dernières années.

Le dernier rapport de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, met justement en garde sur de potentiels risques de dérives sectaires associés à cette pratique. Qu’en dites-vous ?

Comme dans beaucoup de disciplines, il y a une relation souvent forte entre l’enseignant et celui qui se met à l’école de cette pratique. Les risques de dérives sont tout aussi forts, et c’est donc à juste titre que la Miviludes les pointe, que ces dérives soient intentionnelles ou non : volonté d’exercer une emprise, inexpérience des enseignants, etc.

Vous écrivez que le yoga est une « école de sagesse ». En quoi cette école de sagesse reste-t-elle pertinente pour notre temps ?

Le yoga est plus pertinent que jamais, me semble-t-il, car la modernité dans laquelle nous vivons est complexe et nous désoriente. Il permet de se recentrer, de mettre de l’ordre dans son organisme physique et psychique – pour en revenir au sens ancien de « yoga », celui d’atteler ses énergies afin de marcher sur un chemin. Le yoga est une voie. Avoir une discipline aujourd’hui, en cette période de transformations rapides, déroutantes, me paraît extrêmement précieux.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite s’initier au yoga ?

Qu’il demande à son enseignant où il a été formé, ne pas s’en remettre à n’importe qui, et aussi cultiver la patience. S’il arrive que l’on soit enthousiasmé dès le premier cours, le yoga s’apprivoise souvent petit à petit. Il infuse dans le corps et travaille en profondeur. Il faut avoir la patience de pratiquer régulièrement pendant trois à six mois pour commencer à ressentir des effets sensibles.

Virginie Larousse Le Monde

Les cours ont lieu les mardi :

  • de 11H15 à 12H15 avec Marie-Claude VANNIER – salle Proust
  • de 12H30 à 13H30 avec Marie-Claude VANNIER – salle Proust
  • de 17H00 à 18H00 avec Marie-Claude VANNIER – salle des fêtes
  • de 18H15 à 19H15 avec Marie-Claude VANNIER – salle des Fêtes
  • de 18H15 à 19H15 avec Guy DE CANCK – salle du Part’Age (ancienne bibliothèque de St Pryvé, place Clovis)
  • de 19H30 à 20H30 avec Guy DE CANCK – salle du Part’Age

Marie-Claude VANNIER : 06.77.93.06.62

Guy DE CANCK : 06.48.46.60.43